Comprendre l’interphonie et la sonorisation de sécurité
Parlons technique · Interphonie / Sonorisation
Sonner à une porte et voir qui vous ouvre, appeler à l’aide depuis un ascenseur bloqué, entendre une voix calme indiquer la sortie quand l’alarme retentit : derrière ces gestes simples se cachent l’interphonie et la sonorisation de sécurité. Voici, sans jargon, comment elles fonctionnent et ce qu’il faut exiger.
Ces deux métiers se trouvent au croisement des trois grands sujets de ce site : la sûreté, la sécurité incendie et les réseaux.
En deux mots
- L’interphonie fait dialoguer deux personnes : un visiteur et un occupant, ou une personne en difficulté et un service de secours.
- La sonorisation de sécurité parle à tout un bâtiment à la fois, pour guider l’évacuation par des messages clairs.
- Certaines liaisons sont imposées par les textes : la téléalarme des ascenseurs, ou un moyen de signaler sa présence dans les espaces d’attente sécurisés des établissements recevant du public.
- En sécurité incendie, la sonorisation fait partie du SSI : elle est commandée par le CMSI, avec du matériel certifié et des lignes surveillées.
- La fin du cuivre et des réseaux 2G et 3G oblige à moderniser bien des interphones et des téléalarmes : un appel d’urgence qui n’aboutit plus ne se remarque qu’au mauvais moment.
Se parler, ou parler à tous
Les deux familles se ressemblent : un micro, un haut-parleur, des câbles. Leur logique est pourtant opposée. L’interphonie est un dialogue : deux personnes, la parole dans les deux sens, et souvent un geste au bout, comme ouvrir une porte ou envoyer les secours. La sonorisation est une diffusion : une seule source, des dizaines ou des centaines de haut-parleurs, et un message qui doit être compris par tous, partout, en même temps.
L’interphonie, de la porte d’entrée à l’appel d’urgence
À l’entrée : le portier
Le portier, c’est la platine posée à l’entrée : un bouton d’appel, un micro, un haut-parleur et, de plus en plus souvent, une caméra. À l’intérieur, l’occupant répond sur un poste intérieur, un téléphone ou une application, voit son visiteur et peut lui ouvrir à distance. Les portiers traditionnels fonctionnent sur un bus à deux fils, avec du matériel d’une même marque. Les portiers IP, eux, parlent le langage des réseaux : ils passent par le câble informatique, s’alimentent souvent par ce même câble grâce au PoE (lire Le PoE : du courant dans le câble réseau) et utilisent SIP, le protocole de la téléphonie sur IP, pour appeler n’importe quel poste compatible.
Le portier touche à la sûreté, puisqu’il commande une porte. Dans un bâtiment équipé d’un contrôle d’accès, mieux vaut qu’il passe par l’UTL, qui garde la trace de chaque ouverture, plutôt que de piloter seul la gâche (lire Technologies d’identification). Comme tout équipement en réseau, il se protège aussi : mot de passe changé, mises à jour, réseau séparé (lire Protéger ses équipements de sûreté).
Les systèmes d’interphone de bâtiment ont leur norme internationale, reprise en France sous la référence NF EN IEC 62820. Son édition de 2016 distinguait déjà deux niveaux d’exigence : un grade 1 pour l’interphone de confort, un grade 2, plus exigeant, pour les usages de sécurité. Une partie à part traite des systèmes IP.
En cas de besoin : l’interphonie d’urgence
L’interphonie d’urgence permet à une personne en difficulté d’obtenir de l’aide : depuis la cabine d’un ascenseur bloqué, depuis un parking, ou depuis un espace d’attente sécurisé, cette zone à l’abri des fumées et des flammes où une personne qui ne peut pas descendre les escaliers attend les secours pendant un incendie.
Pour les ascenseurs, la règle est écrite dans le Code de la construction et de l’habitation. Les appareils installés avant le 27 août 2000 devaient recevoir, avant le 3 juillet 2014, « un système de téléalarme entre la cabine et un service d’intervention » et un éclairage de secours en cabine (article R134-3). Et le contrôle technique, obligatoire tous les cinq ans, vérifie que ces moyens d’alerte fonctionnent avec autre chose que le réseau téléphonique fixe ou les réseaux mobiles 3G et antérieurs (article R134-11).

Dans les établissements recevant du public, chaque espace d’attente sécurisé doit offrir au moins un moyen de signaler sa présence : une fenêtre visible des secours, un téléphone, un interphone, ou un bouton d’appel d’urgence relié au service de sécurité quand il y en a un. La solution retenue se valide avec la commission de sécurité.
La sonorisation de sécurité : une voix pour guider l’évacuation
Une sirène dit qu’il faut partir. Une voix peut dire comment : quelle sortie prendre, quelle zone évacuer d’abord, ce qu’il ne faut pas faire. C’est le principe de la sonorisation de sécurité, qu’on appelle aussi alarme vocale. Selon les installations, elle diffuse le signal d’évacuation normalisé (en France, celui de la norme NF S 32-001) et des messages enregistrés à l’avance ; un responsable peut aussi parler en direct depuis un pupitre micro.
En sécurité incendie, cette sonorisation n’est pas un équipement à part : elle fait partie de l’équipement d’alarme du système de sécurité incendie. C’est le CMSI qui la déclenche, comme il fait sonner les diffuseurs sonores (lire Comprendre la sécurité incendie). Sa conception suit la norme française NF S 61-936, qui fixe les règles des équipements d’alarme pour l’évacuation, et son matériel est certifié selon les normes européennes EN 54 : EN 54-16 pour la centrale d’alarme vocale, EN 54-24 pour les haut-parleurs, EN 54-4 pour l’alimentation.
Une même installation peut servir au quotidien, pour la musique d’ambiance ou les annonces, à condition d’avoir été conçue et certifiée pour la sécurité. C’est alors la fonction de sécurité qui commande : dès qu’elle se déclenche, elle coupe tout le reste.

Un message doit être compris, pas seulement entendu
Un message trop fort, déformé par l’écho d’un hall ou noyé dans le bruit ne sert à rien. Ce qui compte, c’est l’intelligibilité : la part des mots que l’auditeur comprend vraiment. Elle se mesure, avec un indice normalisé appelé STI (pour Speech Transmission Index), défini par la norme internationale CEI 60268-16 : il va de 0, pour une parole incompréhensible, à 1, pour une parole parfaitement claire.
Pour y arriver, on joue sur trois leviers. Le nombre et la place des haut-parleurs d’abord : plusieurs petits haut-parleurs proches de l’auditeur valent mieux que quelques gros placés loin. Le réglage du niveau ensuite, selon le bruit de chaque zone. Le découpage du bâtiment en zones enfin, pour faire évacuer d’abord les plus exposés sans provoquer de bousculade. Les messages eux-mêmes se travaillent : courts, calmes, avec des consignes concrètes, et répétés.
| Où ? | Le besoin | Ce qui est prévu |
|---|---|---|
| Immeuble, maison | Identifier un visiteur et lui ouvrir à distance | Un portier audio ou vidéo, au choix du propriétaire |
| Ascenseur | Appeler à l’aide depuis la cabine | Une téléalarme vers un service d’intervention, imposée par le Code de la construction |
| Établissement recevant du public avec espaces d’attente sécurisés | Signaler sa présence en attendant les secours | Au moins un moyen : interphone, téléphone, bouton d’appel d’urgence ou fenêtre visible des secours |
| Grand bâtiment, établissement recevant du public | Évacuer dans l’ordre | L’équipement d’alarme du SSI, avec ou sans alarme vocale selon le bâtiment et son classement |
Fin du cuivre et de la 2G : des appels d’urgence à moderniser
Beaucoup d’interphones et de téléalarmes d’ascenseur appellent encore par une ligne téléphonique en cuivre, ou par un module 2G ou 3G. Or le réseau cuivre d’Orange ferme commune par commune jusqu’à fin 2030, la 2G s’éteint fin 2026 et la 3G suivra d’ici 2029 (lire Comprendre le réseau d’un bâtiment). Un appel d’urgence qui ne passe plus ne prévient personne : la panne se découvre le jour où quelqu’un reste bloqué.
Les textes en tiennent déjà compte pour les ascenseurs, puisque le contrôle technique vérifie la compatibilité de la téléalarme avec les réseaux qui restent. Pour tout le reste, la démarche est la même : faire l’inventaire de tout ce qui appelle (portiers GSM, téléalarmes, bornes d’appel d’urgence), vérifier par quel réseau passe chaque appel, migrer vers l’IP ou la 4G avant la coupure, puis tester.
Les bonnes questions à poser
- Qui répond ? Un occupant, un poste de sécurité, un service d’intervention : à quelles heures, et que se passe-t-il si personne ne décroche ?
- Par quel réseau passe l’appel ? Cuivre, 2G, 3G, 4G ou IP : avec quelle date de fin, et quel secours ?
- Qui ouvre la porte ? Le portier passe-t-il par le contrôle d’accès, ou commande-t-il seul la gâche ?
- La sonorisation est-elle de sécurité ? Certifiée EN 54 et commandée par le SSI, ou simple sonorisation d’ambiance ?
- Le message est-il compris partout ? L’intelligibilité a-t-elle été mesurée à la réception, zone par zone ?
- Tout est-il testé ? Essais réguliers des appels et des messages, notés dans le registre de sécurité.
Pour les bases de la détection, de l’alarme et de l’évacuation, lire Comprendre la sécurité incendie.
Ce qu’il faut retenir
- L’interphonie fait dialoguer deux personnes, la sonorisation de sécurité parle à tout un bâtiment.
- Ascenseurs et espaces d’attente sécurisés ont leurs obligations : un appel d’urgence doit toujours aboutir.
- La sonorisation de sécurité fait partie du SSI : commandée par le CMSI, en matériel EN 54, sur des lignes surveillées.
- Un message doit être compris : l’intelligibilité se conçoit et se mesure.
- Cuivre, 2G, 3G : faites l’inventaire de tout ce qui appelle, et migrez avant la coupure.
Petit lexique
- Alarme vocale : sonorisation de sécurité qui diffuse des messages parlés pour guider l’évacuation.
- Centrale d’alarme vocale : cœur de la sonorisation de sécurité, qui choisit les messages, gère les zones et surveille l’installation (norme EN 54-16).
- Espace d’attente sécurisé (EAS) : zone à l’abri des fumées et des flammes où une personne qui ne peut pas évacuer seule attend les secours.
- Haut-parleur EN 54-24 : haut-parleur certifié pour les systèmes d’alarme vocale selon la norme européenne EN 54-24.
- Intelligibilité : part des mots réellement compris par l’auditeur ; c’est elle, plus que le volume, qui fait l’efficacité d’un message.
- Interphonie d’urgence : liaison qui permet à une personne en difficulté d’appeler à l’aide et d’être entendue, depuis un ascenseur, un parking ou un espace d’attente.
- Ligne de haut-parleurs : câble qui relie l’amplificateur à un groupe de haut-parleurs ; en sécurité, elle est surveillée en permanence.
- Platine de rue : partie extérieure d’un portier, avec le bouton d’appel, le micro, le haut-parleur et souvent une caméra.
- Portier : interphone d’entrée qui permet d’identifier un visiteur et de lui ouvrir à distance.
- SIP : protocole de la téléphonie sur IP, utilisé par les portiers récents pour appeler un téléphone ou un standard.
- STI : indice d’intelligibilité de la parole, de 0 à 1, défini par la norme CEI 60268-16.
- Téléalarme d’ascenseur : liaison phonique entre la cabine et un service d’intervention, imposée par le Code de la construction et de l’habitation.
Pour aller plus loin
- Les guides voisins : Comprendre la sécurité incendie et Technologies d’identification.
- Code de la construction et de l’habitation, article R134-3 (dispositifs de sécurité des ascenseurs) et article R134-11 (contrôle technique), textes reproduits par l’OPPBTP.
- SDIS du Val-d’Oise, fiche technique sur l’évacuation des personnes handicapées dans les ERP, avec les espaces d’attente sécurisés.
- AFNOR, norme NF S 61-936, équipements d’alarme pour l’évacuation.
Sources : Code de la construction et de l’habitation, articles R134-3 et R134-11 (textes reproduits par l’OPPBTP) ; SDIS du Val-d’Oise, fiche technique 2010/1, d’après le règlement de sécurité des ERP (arrêté du 25 juin 1980 modifié par l’arrêté du 24 septembre 2009) ; AFNOR, normes NF S 61-936 (2013), NF S 32-001 et NF EN IEC 62820-1-1 ; normes européennes EN 54-4, EN 54-16 et EN 54-24 ; CEI 60268-16 (2020) ; Arcep, fermeture du réseau cuivre et extinction des réseaux 2G et 3G.
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