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Comprendre la sécurité incendie

Parlons technique · Incendie

Un incendie peut embraser une pièce en quelques minutes, et ce sont le plus souvent les fumées, pas les flammes, qui tuent. Détecter tôt, alerter, mettre le bâtiment en sécurité et évacuer : voici, sans jargon, comment fonctionne la sécurité incendie, de la maison à l’établissement recevant du public.

De toutes les rubriques de ce site, c’est la seule où l’on ne protège pas d’abord des biens, mais des vies. Les règles y sont donc plus strictes qu’ailleurs, et c’est tant mieux.

En deux mots

  • Un feu a besoin de trois choses : quelque chose qui brûle, de l’oxygène et de la chaleur. Supprimez-en une, il s’éteint.
  • La plupart des victimes meurent intoxiquées par les fumées, souvent la nuit, pendant leur sommeil : on ne se réveille pas à l’odeur.
  • À la maison, un détecteur de fumée autonome est obligatoire depuis 2015. Il coûte quelques euros et sauve des vies.
  • Dans les entreprises et les lieux recevant du public, un système de sécurité incendie (SSI) détecte, alerte, met le bâtiment en sécurité et aide à évacuer.
  • La sécurité incendie reste autonome : elle ne doit dépendre ni de la GTB, ni du réseau informatique.

Comment naît un feu ?

Les pompiers l’enseignent avec le triangle du feu. Toute la prévention et toute l’extinction consistent à casser l’un de ses trois côtés : éloigner ce qui brûle, étouffer les flammes, ou refroidir.

Le combustibleCe qui brûle : bois, papier, tissus, plastiques, liquides, gaz.On le casse en rangeant, en stockant à l’écart, en limitant les matières inflammables.
Le comburantL’oxygène de l’air, qui entretient la combustion.On le casse en étouffant : couverture anti-feu, couvercle sur une casserole, gaz d’extinction.
L’énergieLa chaleur qui allume : flamme, étincelle, court-circuit, surchauffe.On la casse en refroidissant (l’eau) et en entretenant les installations électriques.
Le triangle du feu. Sans l’un de ses trois côtés, il n’y a pas d’incendie.

À la maison : le détecteur de fumée

Depuis le 8 mars 2015, chaque logement doit être équipé d’au moins un détecteur autonome avertisseur de fumée (DAAF), conforme à la norme NF EN 14604. C’est au propriétaire de l’installer, et à l’occupant de l’entretenir : tester l’appareil régulièrement et changer la pile si elle n’est pas scellée pour dix ans. Il se pose au plafond, de préférence dans le couloir qui mène aux chambres, et jamais dans la cuisine ou la salle de bains, où vapeurs et fumées de cuisson le feraient sonner pour rien. Dans une grande maison ou sur plusieurs niveaux, plusieurs détecteurs, idéalement reliés entre eux, font sonner toute la maison à la fois.

Ce petit boîtier a déjà fait l’objet d’un article ici dès 2011 (lire Honeywell DF8M, un détecteur de fumée sans fil). Un complément utile : un détecteur de monoxyde de carbone près des appareils à combustion (chaudière, poêle), car ce gaz, lui, est invisible et sans odeur.

Au travail et dans les lieux publics : le SSI

Dans un bureau, un magasin, une école ou un hôtel, un simple détecteur ne suffit plus : il faut organiser l’alerte et l’évacuation de dizaines ou de milliers de personnes. C’est le rôle du système de sécurité incendie (SSI). Il enchaîne quatre missions, et chacune repose sur des équipements dédiés.

Dans les locauxDétecterdétecteurs automatiques et déclencheurs manuels (les boîtiers rouges)
Au poste de sécuritéAlerterl’alarme d’évacuation retentit, le personnel est prévenu
Dans tout le bâtimentMettre en sécuritéportes coupe-feu fermées, désenfumage, issues déverrouillées, ascenseurs rappelés
DehorsÉvacuer et intervenirpoint de rassemblement, appel des pompiers, extinction
Les quatre missions d’un système de sécurité incendie. Les fermetures de portes et le désenfumage cantonnent le feu et les fumées, pour garder les escaliers praticables le temps de l’évacuation.

Côté technique, le système de détection incendie (SDI) regroupe les détecteurs, les déclencheurs manuels et la centrale qui les surveille. Le centralisateur de mise en sécurité incendie (CMSI) commande ensuite les dispositifs actionnés de sécurité : portes coupe-feu, clapets, volets et ventilateurs de désenfumage, et déverrouillage des issues de secours. C’est un point de rencontre avec le contrôle d’accès : une porte verrouillée par badge doit s’ouvrir d’elle-même en cas d’alarme incendie. Selon la taille et l’activité du bâtiment, la réglementation impose un SSI plus ou moins complet, classé de la catégorie A, la plus complète, à la catégorie E, la plus simple, et un équipement d’alarme du type 1 au type 4 (lire, pour un exemple simple, Cordia, une alarme incendie de type 4).

Les détecteurs

DétecteurCe qu’il repèreOù
Optique de fuméeLes particules de fumée, dès le début d’un feu qui couveBureaux, chambres, circulations : le plus courant
Thermique ou thermovélocimétriqueUne température trop élevée, ou qui monte trop viteCuisines, garages, chaufferies, où la fumée est normale
MulticritèreFumée et chaleur à la fois, pour moins de fausses alarmesLocaux à l’atmosphère changeante
De flammeLe rayonnement infrarouge ou ultraviolet d’une flammeEntrepôts de liquides inflammables, industrie
LinéaireLa fumée qui coupe un faisceau tendu d’un mur à l’autreGrands volumes : halls, entrepôts, gymnases
Par aspirationDes traces infimes de fumée dans l’air aspiré par un réseau de tubesSalles informatiques, sites où chaque minute compte

Éteindre : les premiers gestes

Un départ de feu se maîtrise dans les toutes premières minutes, avec le bon appareil. Au-delà, on évacue, on ferme les portes derrière soi et on appelle le 18 ou le 112. Les extincteurs portent une lettre qui dit sur quel feu ils agissent : A pour les solides (bois, papier, tissu), B pour les liquides (essence, solvants), C pour les gaz, F pour les huiles de cuisson.

MoyenPour quels feuxBon à savoir
Extincteur à eau pulvérisée avec additifA et BLe plus répandu dans les bureaux et les logements
Extincteur à dioxyde de carbone (CO₂)B, appareils électriquesNe laisse pas de trace ; près des armoires électriques et des serveurs
Extincteur à poudreA, B et CPolyvalent mais très salissant ; parkings, chaufferies
Couverture anti-feu, extincteur FF (huiles de cuisson)Jamais d’eau sur une friteuse en feu
Robinet d’incendie armé, sprinklersA surtoutLes sprinklers s’ouvrent seuls au-dessus du feu ; grands bâtiments et entrepôts
Extinction automatique par gazLocaux techniquesProtège les salles informatiques sans eau ; impose l’évacuation du local

Évacuer : l’organisation compte autant que le matériel

Une alarme ne sert à rien si personne ne sait où aller. Les plans d’évacuation affichés, les consignes, les guides-files qui ouvrent la marche et les serre-files qui vérifient que personne ne reste en arrière, le point de rassemblement où l’on compte les présents : tout cela s’apprend en s’exerçant. Le Code du travail impose d’ailleurs des exercices d’évacuation au moins tous les six mois dans les établissements concernés. Une issue de secours encombrée ou fermée à clé « pour la nuit » est une faute grave : elle doit toujours pouvoir s’ouvrir de l’intérieur, sans clé, d’une simple poussée (lire JPM Push Bar Alarm, une barre antipanique à alarme intégrée).

Ce que dit la réglementation

  • Logements : au moins un détecteur de fumée conforme à la norme NF EN 14604, installé par le propriétaire, entretenu par l’occupant, et déclaré à l’assureur.
  • Établissements recevant du public (ERP) : le règlement de sécurité contre l’incendie fixe, selon le type et la taille de l’établissement, les moyens de détection, d’alarme et d’évacuation, et impose des vérifications périodiques notées dans le registre de sécurité.
  • Lieux de travail : consignes de sécurité incendie, extincteurs adaptés, exercices réguliers et personnel formé, selon le Code du travail.
  • Normes et référentiels : les SSI relèvent des normes NF S 61-930 et suivantes ; les assureurs s’appuient sur les règles APSAD (R7 pour la détection incendie, R1 pour les sprinklers).

Un principe traverse tous ces textes : la sécurité incendie reste autonome. La GTB peut en afficher les états, jamais en commander les fonctions de mise en sécurité, et une panne du réseau informatique ne doit pas pouvoir empêcher un désenfumage (lire le guide Comprendre la GTB et la GTC).

Ce qu’il faut retenir

  1. À la maison, un détecteur de fumée dans le couloir des chambres, testé régulièrement : c’est obligatoire et c’est vital.
  2. Au travail, le SSI détecte, alerte, met en sécurité et aide à évacuer : chacune de ces fonctions se vérifie et s’entretient.
  3. Le bon extincteur pour le bon feu, et jamais d’eau sur de l’huile ou sur un appareil électrique sous tension.
  4. Des issues toujours libres et des exercices réguliers : l’évacuation s’apprend avant le jour J.
  5. La sécurité incendie reste autonome : ni la GTB, ni le réseau informatique ne doivent pouvoir l’empêcher d’agir.

Petit lexique

  • Classe de feu : lettre (A, B, C, D, F) qui désigne le type de matière qui brûle et le type d’extincteur adapté.
  • CMSI : centralisateur de mise en sécurité incendie, l’appareil qui commande portes coupe-feu, désenfumage et déverrouillages en cas d’alarme.
  • DAAF : détecteur autonome avertisseur de fumée, obligatoire dans chaque logement depuis 2015.
  • DAS : dispositif actionné de sécurité, par exemple une porte coupe-feu à fermeture automatique ou un volet de désenfumage.
  • Déclencheur manuel : boîtier rouge sur lequel on appuie pour donner l’alarme incendie.
  • Désenfumage : évacuation des fumées par des ouvrants ou des ventilateurs, pour garder les circulations respirables.
  • ERP : établissement recevant du public (commerce, école, hôtel, salle de spectacle), soumis à un règlement de sécurité incendie.
  • Guide-file, serre-file : personnes chargées d’ouvrir la marche de l’évacuation et de vérifier que personne ne reste en arrière.
  • Point de rassemblement : lieu extérieur où l’on se regroupe après l’évacuation pour compter les présents.
  • Porte coupe-feu : porte qui résiste au feu pendant une durée donnée et se referme seule pour le cantonner.
  • Registre de sécurité : document où sont notées les vérifications, les exercices et les travaux liés à la sécurité incendie.
  • RIA : robinet d’incendie armé, un tuyau prêt à l’emploi raccordé au réseau d’eau, pour attaquer un feu naissant.
  • SDI : système de détection incendie, l’ensemble des détecteurs, des déclencheurs manuels et de leur centrale.
  • Sprinkler : tête d’arrosage automatique qui s’ouvre seule sous l’effet de la chaleur, juste au-dessus du foyer.
  • Triangle du feu : les trois éléments nécessaires à un incendie (combustible, comburant, énergie).

Pour aller plus loin

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Sources : INC, Détecteur de fumée : comment l’installer et l’entretenir ; ANIL, Obligation d’installer des détecteurs de fumée dans les logements ; Code du travail, article R4227-39 ; normes NF EN 14604 (DAAF) et NF S 61-930 et suivantes (SSI) ; règles APSAD R7 et R1.