Cybersécurité
Moxa : quand l’outil d’accès distant aux sites devient la porte d’entrée
Les faits
Le 27 octobre, le CERT-FR a publié l’avis CERTFR-2026-AVI-1393 sur plusieurs produits Moxa. Les bulletins du constructeur donnent le détail :
| Produit | Faille | Gravité (CVSS 4.0) | Correctif |
|---|---|---|---|
| Client Remote Connect Suite (MRC Client) | Validation de certificat défaillante, homme du milieu possible | 7,6 élevée | v4.2.2, via le support Moxa |
| Passerelle 4G OnCell G3150A-LTE | Clés privées HTTPS et CA codées en dur dans le firmware | 7,7 élevée | Aucun (fin de vie) : réinitialiser pour régénérer les clés |
| Passerelle 4G OnCell G3150A-LTE | Injection de commandes via la gestion par SMS | 7,5 élevée | Aucun : laisser le SMS désactivé |
| Serveurs série Wi-Fi NPort W2150A-W4 / W2250A-W4 | Débordement de tampon sur l’interface web, arrêt du service | 5,3 moyenne | v1.5.9, via le support Moxa |
Pourquoi c’est important pour le bâtiment
Ces produits ne font pas la une, mais ils sont partout. Un serveur série NPort sert typiquement à faire passer en réseau un automate, un compteur ou un vieux bus RS-485. Une passerelle 4G OnCell apporte la liaison distante d’un local technique isolé. Quant au client Remote Connect, c’est l’outil qui permet au mainteneur d’entrer dans l’installation depuis son bureau.
La faille la plus parlante est celle du client VPN. Selon Moxa, un attaquant placé sur le chemin réseau peut se faire passer pour le serveur de confiance. Le tunnel censé protéger la télémaintenance devient alors le point faible. C’est un rappel salutaire : l’accès distant est le cœur du risque en OT, bien plus que l’automate lui-même.
Deuxième point de vigilance : la passerelle OnCell est en fin de vie et ne recevra pas de correctif. Des clés identiques sur tous les appareils, c’est un peu comme livrer tous les bâtiments d’une ville avec la même clé de local technique. 🙂 Si vous en exploitez encore, la réinitialisation est un pansement, pas une solution : le remplacement doit être planifié.
Ce que je vous conseille de faire
- Inventorier : savez-vous combien de NPort, OnCell ou postes avec le client MRC tournent sur vos sites ? Sans inventaire, pas de correctif possible.
- Mettre à jour le client MRC en v4.2.2 et les NPort W2150A-W4/W2250A-W4 en v1.5.9. Attention : les correctifs s’obtiennent auprès du support Moxa, à anticiper.
- Remplacer les équipements en fin de vie, en commençant par ceux qui portent un accès distant.
- Ne rien exposer sur Internet et cloisonner les réseaux OT/GTB du réseau bureautique par VLAN et pare-feu.
- Encadrer la télémaintenance : comptes nominatifs, authentification multifacteur, accès ouverts à la demande et journalisés.
Le lien avec NIS2
Pour les entités concernées par NIS2, ce type d’avis est exactement ce que l’on attend de la veille et de la gestion des vulnérabilités. Il ne suffit pas de lire le bulletin : il faut pouvoir répondre en quelques heures à la question « sommes-nous touchés, et où ? ». C’est là que l’inventaire et la documentation des installations prennent toute leur valeur.
Sources
- CERT-FR — CERTFR-2026-AVI-1393, Multiples vulnérabilités dans les produits Moxa (27/10/2026)
- Moxa — MPSA-269510, Remote Connect Suite MRC Client et OnCell G3150A-LTE
- Moxa — MPSA-261250, serveurs série sans fil NPort
Photo : © Moxa (visuel constructeur), via moxa.com.